La médecine du travail

Pour toutes les questions/discussions sur l'internat.
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Korrigan
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jeu. juin 28, 2018 10:59 am

Bonjour,

Je ne suis pas référent, pas syndicaliste, pas représentant d'une association, mais j'aime la spécialité que j'ai choisi.
J'ai pour l'instant validé 6 semestres à Brest. Je ne connais à peu près que la région Ouest.
Je n'ai pas la prétention d'avoir réponse à tout, mais je m'adresserai particulièrement aux externes, cela permettra peut être d'apporter un éclairage sur cette spécialité qui reste méconnue (comme je peux m'en apercevoir de temps à autre en mangeant à l'internat).

N'hésitez à poser des questions sur ce topic du forum (comme pouvait l'être l'ancien forum e-carabin, ça laisse une trace pour tous les visiteurs).

Déjà c'est une spécialité médicale, donc 4 ans d'internat. La maquette prévoit 3 stages hors filière de médecine (psychiatrie, rééducation, médecine générale, addictologie, pneumologie, urgences, dermato, réanimation, néphrologie, cancérologie, rhumatologie,...) selon les gouts et les possibilités. Se renseigner pour la ville de choix ECN est important car il peut exister des différences d'agréments pour les différentes villes. (Par exemple, suivant mes propres goûts, je suis passé en rééducation orthopédique, en médecine générale, puis en hygiène hospitalière). Le reste sont des stages de médecine du travail.
http://www.futur-interne.com/?p=97
https://www.animt.fr/cest-quoi-cette-spe/

Une grande enquête auprès des internes avait été réalisé en 2014 (oui ca date un peu mais à ma connaissances cela n'a pas été réitéré).
La médecine du travail était la spécialité où les internes s'estimaient les mieux formés (sur plusieurs critères : nombre d'heures de cours, facilité d'aller à ces heures de cours, qualité subjective des cours, ...)
https://www.letudiant.fr/static/uploads ... iginal.pdf

Par exemple en région Ouest, la majorité des cours ont lieu une à deux journées par mois en visio conférence, avec quelques déplacements 3 à 6 fois par an (en train d'évoluer) à Angers, Brest et Rennes.

un petit top 20 des préjugés (pas forcément dans l'ordre):

Préjugé numéro 1: la prescription. Comme tous les docteurs en médecine inscrits à l'Ordre dans leur spécialité, le médecin du travail peut prescrire des médicaments (ou autre) pour lui ou sa famille, et peut même être déclaré médecin traitant. Ce sera alors des actes gratuits, car l'Ordre des médecins est très regardant sur le double exercice ; il est possible d'exercer (et de se faire rémunérer) en tant que médecin du travail et médecin généraliste (ou n'importe quelle spé: pneumo, médecine légale, ...) mais il faut avoir suivi les deux cursus et être inscrit à l'Ordre pour les deux spécialités.

Préjugé numéro 2 : c'est planqué. C'est pas tout à fait faux : que ce soit pour l'internat ou l'exercice comme médecin, le code du travail est respecté! En général 39 heures par semaine pour un temps plein, les 4heures supplémentaires récupérables en RTT. Ce même code du travail doit normalement s'appliquer à TOUS salariés (internes et médecins compris) : 35 heures par semaine. le temps supplémentaire doit être payé ou récupéré, et ne doit pas dépasser 48h de travail par semaine (sinon hors la loi). Je sais que certains d'entre vous bondiront, mais ce n'est pas moi qui fait les lois, et ne pas respecter ces précautions met potentiellement votre responsabilité en cause en cas d'accident.

Préjugé numéro 3 : On ne fait que faire des BU à tout le monde et leur prendre la tension. FAUX. On examine et prescrit que ce qui nous parait pertinent. Comme un psychiatre ne prend pas forcément la tension, un médecin du travail ne prend la tension que s'il pense que cela a un intérêt. On peut (et doit) prescrire les examens complémentaires qui nous semblent pertinents pour le suivi : dosages de marqueurs urinaire, scanner pulmonaire, NFS, bilan lipidique, CDT, ...Par contre on ne prescrira pas de médicament à un salarié vu en visite (comme un médecin légiste). On n'est pas dans le soin mais dans une sorte d'expertise.

Préjugé numéro 4 : La prévention c'est chiant et çà sert à rien. FAUX. Cela reste une spécialité bien spécifique. En effet, la médecine du travail, c'est de la prévention primaire, secondaire et tertiaire. On est le conseiller de l'employeur et des travailleurs.
-> prévenir en amont l'altération de la santé des travailleurs par le travail (aménagements de postes et de conditions de travail).
-> dépister l'apparition de maladie au plus tôt pour améliorer le pronostic (examen clinique et examens complémentaires de dépistage en rapport avec le poste de travail),
-> éviter que les pathologies ne s'aggravent du fait du travail (en aménageant contraintes physiques, chimiques, temporelles, ...),
-> prévenir la désinsertion professionnelle (adaptés les postes de travail pour que les salariés "handicapés" puissent continuer à travailler selon leurs capacités).

Préjugé numéro 5 : c'est de la santé publique : FAUX. Il existe en gros deux écoles : ceux qui s'intéresse à la prévention quel que soit le champ : tabac, alcool, thyroïde,... (plutôt santé publique donc) et une autre école axée sur l'analyse des risques liés au travail (celle qui personnellement m'intéresse le plus et de loin) où l'on s'intéresse au diabète chez le chauffeur poids lourd qui travaille de nuit, au cancer du sein chez l'infirmière, au silicose et fibroses pulmonaire du maçon, ... Je pense que cette deuxième école prend le dessus sur la première (qui était la façon de travailler des "anciens" médecins du travail qui glandaient un peu dans leur bureau)...

Préjugé numéro 6 : nos prescriptions d'aménagement de poste ne sont pas des obligations. VRAI. Et c'est normal : les prescriptions d'aménagements de poste dans une entreprise sont souvent couteux, souvent en dizaine de milliers d'euros, voire parfois millions dans les grosses industries. En tant que conseiller, il est normal de ne pas être juge et parti, de ne pas obliger. Néanmoins, quand il en va d'un péril grave et imminent, l'inspection du travail peut être saisie dans le régime général par les salariés s'ils estiment que l'employeur ne satisfait pas à ses obligations (donc ne prend pas assez en compte l'avis du médecin du travail ).

Petite remarque : rien n'oblige un patient à suivre une prescription médicale (médicaments, kiné,...).
Par contre, une aptitude ou une inaptitude reste un certificat qui s'impose à l'employeur et au salarié (il peut quand même heureusement y avoir des voies de recours si contestation).

Préjugé numéro 7 : la médecine du travail c'est chiant, c'est plein de législation. FAUX. Il ne faut pas oublier que nous ne sommes pas juristes (par contre dans plusieurs stages j'ai pu poser des questions à des juristes justement). Il faut quand même apprendre certaines bases, mais nous sommes les référents en médecine du travail, pas en droit du travail ( pour cela contacter plutôt l'inspection du travail par exemple). Et justement, la clinique est riche, variée, transversale : hyperbarie, toxicologie, psychiatrie, rhumatologie, rééducation, neurologie, endocrinologie, cancérologie, médecine interne, cardiologie,... Il faut bien se dire que beaucoup de gens vus en consultation, en hôpital de jour voire en hospitalisation travaillent. Donc le médecin du travail doit voir ces patients pour avoir une idée de ce qu'ils peuvent faire, et dans quelles conditions.

Préjugé numéro 8 : le boulot est routinier, sans choix. FAUX. Les visites de travailleurs en "bonne" santé sont déléguées (sous la coordination du médecin du travail) aux infirmières qui effectuent des visites d'information et de prévention. Le médecin du travail se consacre principalement aux salariés qui présentent des pathologies (en lien ou non avec le travail) qui peuvent rendre difficile le maintien au poste de travail actuel. On est assez régulièrement en contact avec médecin conseil, médecins généralistes voire spécialistes car l'intérêt c'est la reprise de travail dans de bonne condition du patient.

Préjugé numéro 9 : secret médical : comme tout médecin. Personne n'a accès au dossier médical à part le travailleur s'il le demande. Et si le patient est d'accord, un médecin traitant ou un spécialiste peut contacter le médecin du travail pour expliquer la situation, le pronostic,... Idem dans l'autre sens. C'est même une obligation déontologique (de faire appel à un avis d'un autre médecin si l'on l'estime nécessaire, dans l'intérêt du patient, avec son accord).

Préjugé numéro 10 : franco Français : FAUX : Je ne suis pas très au fait des pratiques dans le monde, mais je sais que la médecine du travail est pratiquée de manière différente suivant les pays, mais est bien présente quasiment partout (plus hospitalière en Italie, plus "expertise" en Suisse, ...).

Préjugé numéro 11 : ce sont juste des visites obligatoires. FAUX. Tout le sel de la médecine du travail sont les visites liée à une grossesse (si la femme concernée le souhaite), celle à la demande du salarié (demande de conseils, déclaration de nouveaux problèmes de santé,...), de pré reprise pendant un arrêt maladie (pour faire le point sur le pronostic et commençait à aménager le poste pour une reprise de travail ultérieure), ... Le problème est que là encore, salariés et médecins traitants ne connaissent pas forcément l'existence de ces visites.

Préjugé numéro 12 : la recherche en médecine du travail est naze. VRAI et FAUX: Le principal biais des cohortes de travailleurs ont le biais "travailleur sain" c'est à dire qu'il y a un risque que l'apparition de problème de santé grave empêche la poursuite de l'activité professionnelle et soit donc perdu de vue. Il est clair que les revues de publication ont des impact factors moindres que en cancérologie ou en cardiologie... D'où la difficulté de pérenniser les poste de chef de service universitaire de médecine du travail car il est souvent plus rentable pour un hôpital de remplacer un poste de médecine du travail par un cardio (nombre de PU non filialisés). Tours, Poitiers et Nantes n'ont ainsi plus de chefs, donc plus de formation d'interne sur place... Néanmoins il existe d'excellents papiers de recherches notamment des norvégiens. Et la médecine du travail (spécialité transversale) bénéficie des avancées réalisées dans chaque autre spécialité.

Préjugé numéro 13 : c'est mal payé. FAUX. Depuis des années, c'est la spécialité où il y a le plus d'annonces de recrutement. 90% des médecins travaillent en service interentreprise qui sont des associations auto gérées, à l'équilibre financier. Elles comprennent en général quelques membres administratifs, des dizaines de médecins, quelques dizaines d'infirmières (variable suivant le déficit en médecin), des dizaines de secrétaires, quelques intervenant en prévention des risques professionnels (toxicologue, ingénieur, psychologue, ergonome, juriste, ...). Il y en a en général un à deux service inter entreprise par départements (bien sur très variable suivant la taille du département). Pour information un temps plein de 35h est rémunéré au minimum 70 000 euros par an (et là encore tout est négociable, ce sont les grilles minimales).
http://www.cfecgc-santetravail.fr/wp-co ... -signe.pdf

Préjugé numéro 14 : La médecine du travail c'est un truc de vieux médecin rabougri en reconversion. FAUX. Ca l'a été. Beaucoup de généralistes ou spécialistes (pneumo, urgentistes, internistes) font des reconversions vers la cinquantaine. Certains par manque d'implication ont d'ailleurs nuit à l'image de la médecine du travail. D'autres s'impliquent et apportent une plus value par rapport à leurs précédentes expériences professionnelles. Mais l'image est en train de changer, on est beaucoup de jeunes motivés à arriver dans les services, les employeurs et les travailleurs font souvent la remarque de leur satisfaction face à un médecin du travail qui s'implique ("Au pays des aveugles les borgnes sont des rois").

Préjugé numéro 15 : Il faut faire son deuil du soin. VRAI. On ne va soigner personne (sauf urgence). Personnellement cela ne me manque pas. Aménager leur poste de travail aide les gens. On a beaucoup d'action sur le quotidien des gens (le travail!). Mais nous ne prescrivons pas les médicaments.

Par contre il faut connaitre les pathologies, les examens cliniques pertinents à réaliser pour estimer les handicaps fonctionnels, les médicaments et leurs effets indésirables : Le salarié ayant une chimio avec du CISPLATINE peut il rependre un travail de cariste? La fonction cardiaque de ce patient stenté lui permet elle de porter les charges habituelles de 20kg? Ce patient épileptique qui a un nouveau traitement peut -il travailler avec une grue? Cette chirurgie de l'épaule contre indique-t-elle le fait de pousser un chariot de vivres de 200 kg? ... Sachant qu'aucun avis ne s'impose au médecin du travail, il doit examiner et évaluer ce qui lui parait pertinent dans l'intérêt du salarié (il prend quand même bien sûr en considération les avis des spécialistes).

Préjugé numéro 16 : il suffit de suivre des protocoles. FAUX. Il existe très peu de consensus et d'algorithmes décisionnels. Le choix est donc très libre, cas dépendant, laissé à l'appréciation du médecin du travail. Comme pour les autres spécialités médicales, il existe une obligation de moyens et non de résultats.

Préjugé numéro 17 : ce n'est que du travail de bureau administratif ou de réunion. FAUX. La médecine du travail fait partie au contraire des spécialités de terrain. Un tiers du temps de travail du médecin est consacré à la visite des entreprise, des postes de travail (serre de tomate, industrie, banque, boulangerie de quartier, horticulture plein champs, salle de bloc opératoire, ...) afin de mieux connaitre les contraintes rencontrées par le travailleur, afin de proposer au mieux des recommandation personnalisées. N'oublions bien sûr pas le temps de consultation qui représente facilement la moitié du temps de travail. (là chaque médecin du travail est maître de sa propre organisation).

Préjugé numéro 18 : Le médecin du travail est le bras droit de la direction. FAUX. D'après le code du travail, le médecin du travail est un salarié protégé, afin justement de garantir son indépendance. https://www.legisocial.fr/instances-rep ... teges.html

Préjugé numéro 19 : Inapte c'est comme réformé. FAUX. Etre réformé vient des militaires qui ont une attitude sécuritaire où l'on sélectionne l'homme pour le travail. Si l'on ne peut plus travailler dans les conditions normales, on est réformé chez les militaires, donc mis à la porte. Si vous avez suivi vous comprendrez aisément que la médecine du travail c'est le contraire = Adapter le travail à l'homme et non adapter l'homme au travail. L'(in)aptitude est là pour proposer des modifications de poste ou pour protéger le travailleur d'une nuisance (physique, chimique, management, syndrome de stress post traumatique, ...). Il n'y a rien de définitif. Suivant l'évolution de la maladie et les modifications apportées au poste de travail, l'aptitude peut toujours être réévaluée.

Préjugé numéro 20 : Si ce n'est pas choisi en premier à l'ECN ca doit être nul. FAUX. La spécialité est très méconnue. Rares sont les externes à y passer en stage. Les médecins et les universitaires eux même ne connaissent pas bien la spécialité, et figure au mieux dans les bouquins de l'ECN en bas de page dans une note (même s'il existe des bouquins spécifiques, les informations sont souvent rangées dans des rubriques "santé publique-médecine légale-médecine du travail"...). L'ECN répond en partie à des tendances, des modes, ou à des pressions sociales (quel médecin généraliste n'a jamais eu la réflexion de moldus : " tu ne voudrais pas plutôt faire cardio ou neuro chirurgien?"). La spécialité est transversale, cela laisse toujours l'opportunité de s'améliorer dans les domaines que l'on se découvre affectionner (cardio fréquencemétrie, neurologie, dermatologie, addiction, hyperbarie, toxicologie, femmes enceintes, endocrinologie, ophtalmologie, législation...) et devenir le référent dans tel domaine au sein de son service. Et comme je le disais plus haut, les internes de médecine du travail sont les plus satisfaits de leur formation (contrairement aux neuro chirurgiens...).

Vous l'aurez remarqué, la médecine du travail a pour l'instant surtout à souffrir des préjugés négatifs.
Mais je ne désespère pas de voir cette image changer dans les années à venir.
Cela reste une spécialité atypique qui a son charme mais qui bien sûr ne plaira pas à tout le monde.
J'oublie sûrement des items, mais cela brosse déjà un peu le portrait, si vous avez des questions n'hésitez pas.
Modifié en dernier par Korrigan le mar. oct. 09, 2018 9:33 am, modifié 1 fois.
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sam. juil. 21, 2018 8:30 pm

Bonjour,
D4 venant de Tours où il n'y a pas d'internat de médecine du travail ni de stage en médecine du travail, ne connaissant personne faisant cette spécialité (c'est même plutôt mal vu à Tours) et voulant me renseigner à son sujet, je me permets de te contacter.
J'aurais aimé avoir plus d'info sur:
- le déroulement de l'internat : stage à faire (3 cliniques + 5 services de spé), les stages obligatoires dans les sub-divisions?, Choix dans les stages en service autonome?, les cours (comment ca se passe dans les villes? On te laisse y assister?), Possibilité de faire des DU/DIU (on te laisse y aller? Ceux de toxicologie médicale, de radioprotection et d'ergonomie au travail m'intéressent). Recherche et post-internat obligatoire comme dans d'autres spé?
- Les meilleurs villes en terme de formation : C'est lesquelles? Des avis et/ou des contacts? sur Angers ? Nantes? Brest ? Lille? Paris (même si le formation d'après leur site à l'air intéressante, je ne suis pas sûr de pouvoir y habiter) ? D'autres villes?
- Pour choisir ces stages et/ou adapter sa maquette: vaut il mieux être bien classé dans une ville moins côté ou en milieu de promo dans un grosse ville?
- Perceptive d'emploi: a priori c'est une spécialité on trouve facilement des emplois et on a une bonne qualité de vie? Différents modes d'exercice possible? Possibilité de travailler à l'étranger ou de voyager si on travaille dans un grosse entreprise internationale par ex?
- Possibilité de droit au remord si cela ne nous plait pas ? Ou de repasser l'ecn?

J'hésite avec d'autres spécialités notamment MG (1er choix initialement), la médecine d'urgence et la psychiatrie en gros.

Merci d'avance pour les réponses que tu pourras m'apporter!
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Korrigan
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mar. juil. 24, 2018 3:10 pm

Beaucoup de questions, je vais essayer d'y répondre dans l'ordre des questions que tu as posé, sans les reformuler:

De manière générale la médecine du travail n'a pas une image prestigieuse (c'est à mon sens le principal inconvénient de la spécialité, mais peut être que ca changera, car les vieux médecins bougons partent à la retraite), d'où mon sujet sur 20 préjugés en médecine du travail... (mais il n'y a pas que la médecine du travail a être mal vue de certains : la médecine générale est très mal vue par le doyen ou le vice-doyen de la fac Bordeaux par exemple)

Je ne parlerai que de la maquette de Brest (car je ne connais que celle là) : il n'y a que le stage au Centre de Pathologie Professionnelle (CPP) qui est obligatoire. Tous les autres stages sont "libres" (du moment que l'on prend 4 autres stages de filière et 3 hors filière).
On n'a pour l'instant pas de stage en service autonome à Brest.
Pour les stages de filière on a trois services interentreprises avec agrément (zone autour de Brest, de Morlaix, de Quimper), le personnel civil des militaires (Villeneuve), la médecine du travail du personnel hospitalier (MTPH), celle du personnel étudiant (SUMPS), celle des gens de mer (ENI). Je suis passé en stage à la MSA mais depuis l'agrément a été suspendu, le temps qu'il y ait un nouveau médecin coordinateur (l'ancien est parti à Paris).
Pour les stages hors filière (plus compliqué car il faut s'adresser aux représentants des spécialités concernées), les internes de Brest prennent souvent médecine générale, rééducation, tabaccologie, addictologie, psychiatrie, santé publique ; mais n'importe quel stage peut être demandé : urgences, réanimation, cardiologie, pneumologie, chirurgie orthopédique, ... sous réserve que le chef de la spécialité accepte et qu'il y ait la place.

A Brest, les cours ne sont "obligatoires" que lorsque tu es en stage dans la filière, et il n'y a jamais eu -que je sache- de difficultés pour s'absenter des stages. 6 x2jours par an en présentiel dans les différentes villes du Grand Ouest (Brest, Angers, Rennes, Nantes). Le reste des cours, c'est en gros un vendredi sur 2 en visio conférence. Cela changera peut être dans quelques années à cause de la réforme de l'internant (cours numériques).

Je ne connais qu'une seule interne de Brest qui a fait le DU de toxicologie (il faut aller à Paris). Cela lui a d'ailleurs permis de valider une équivalence à nos examens (on doit valider en quatre ans un examen écrit de législation et un autre de toxicologie, même examen que l'on soit à Brest, Angers, Nantes, Rennes). Je crois que le seul DU spécifique à Brest est un DU des gens de mer/ médecine embarquée, sur un ou deux ans. Ceux de toxicologie médicale, de radioprotection et d'ergonomie au travail sont recommandés (cela dit quand tu es interne tu dois les payer de ta poche (mille euros environ) alors que une fois salarié comme médecin du travail, c'est pris en charge financièrement comme formation continue et c'est sur ton temps de travail! )

La "recherche" est beaucoup beaucoup moins mis en avant que dans d'autres spé (réanimation, oncologie, cardiologie, ...) car la "recherche" concerne essentiellement le CPP, il n'y a pour l'instant pas d'embauche de prévue (ils recrutent un médecin en novembre 2018), mais je crois que le CPP est ouvert pour prendre un interne comme chef de clinique, néanmoins dans la spécialité cela n'ouvre pas spécialement des portes. 90% des médecins du travail sont dans des services interentreprises (associations privées à but non lucratif, ce qui n'empêche pas de faire des publications).
Aucun master ou DU n'est obligatoire.

Je n'ai pas d'avis ou de contact à te proposer (j'ai demandé au représentant sur Brest, je donnerai les noms si je les ais), mais la meilleure fac c'est en théorie Lille. Puis Toulouse. Brest. Angers. Ce classement n'engage que moi, mais d'autres te diront probablement la même chose. Nantes il faut éviter car il n'y a plus de chef (comme à Poitiers et à Tours qui faisaient auparavant parti du Grand Ouest), c'est sous la responsabilité du Pf Roquelaure à Angers...

Sinon, voici un lien vers l'Association Nationale des Internes en Médecine du Travail (ANIMT), il y a pas mal d'infos à récupérer, et il y a des noms de référents par ville.
https://www.animt.fr/region/


Pour le classement ECN jusqu'à maintenant cela n'avait que peu d'influence, car on est peu par promo en médecine du travail (et nos stages de filière n'intéressent que nous en gros), donc on s'organise et on s'arrange facilement. Il y a assez de terrains de stages pour ne pas se marcher dessus.

Pour l'emploi, pas de problème, depuis des années c'est la spécialité qui embauche le plus, en général à 39h par semaine (4h récupérable RTT) comme tout salarié français (théoriquement). Va sur n'importe quel site de recrutement en ligne ou n'importe quel journal pour médecin...

Il n'existe pour la médecine du travail que le mode d'exercice salarié.

Travailler à l'étranger doit être possible car cela existe en Europe et d'autres pays, mais je n'ai aucun retour d'expérience. J'ai entendu dire que c'était beaucoup plus un mode d'exercice hospitalier en Italie, et au contraire très libéral (style consulting) en Suisse, ... donc faut se renseigner pays par pays (la législation est différente).

Le droit au remord permet de changer de spécialité dans la même ville que tu as choisi, avant la fin de la première année d'internat (merci la réforme de l'internat, avant c'était deux ans...). Le chef de service peut (ou pas) conserver tes stages comme acquis pour ta nouvelle maquette, sinon il faut repasser les stages. Le chef de la spécialité que tu voudrais prendre en droit au remord peut également refuser (manque de place dans sa spécialité par exemple...)

On peut repasser l'ECN toute sa vie en théorie (sauf avec la réforme annoncée de suppression des ECN pour 2021)... C'est la seule façon de changer de ville au cours de l'internat.



Te concernant plus spécifiquement, pose toi les bonnes questions : que veux tu faire plus tard? où? en campagne? en petite ville? en grande ville? bouger souvent? à l'étranger? seul? en libéral? en équipe? à l'hôpital? en clinique?

quelles pathologies t'intéressent le plus? (attention car les pathologies rencontrées sont variables suivant les lieux ou le mode d'exercice, même au sein d'une spécialité, par exemple en faisant un stage chez des médecins généralistes, je me suis aperçu que suivant les lieux on n'avait pas les même populations et pas les même pathologies ou les même demandes administratives)...

quels patients t'intéressent le plus? (exemple con : j'aime personnellement bien la cardiologie (rythmologie, péricardites, SCA, embolie pulmonaire) mais je n'aime pas les comorbidités les plus fréquentes des patients de cardio... (HTA, diabète, cholestérol, obésité, tabac). C'est en grossissant les traits, mais c'est pour dire qu'il faut se confronter à la pratique quotidienne, et non pas aux pathologies de l'ECN, pour savoir si l'on aime une spécialité...

car ce que tu envisages est radicalement différent : en caricaturant :

- psychiatrie : beaucoup de modes d'exercices différents, de l'hospitalisation secteur lourd (patient avec qui il est difficile de communiquer) à la psychiatrie de ville style thérapie cognitivo comportementale (où l'empathie et l'écoute sont au premier plan). horaires "normaux" sauf gardes/ astreintes. adaptables ++ en libéral.

- médecine générale : essentiellement du libéral (proche de ses patients, difficile de bouger car patientelle fixe, beaucoup d'administratif), mais beaucoup de débouchés variables : médecin conseil, PMI, médecin embarqué, urgences SOS médecins, ... (plus de distance avec les patients). Horaires "très lourds" mais un peu adaptables +/- astreintes ou gardes.

- médecine du travail : que du salariat. pas de soins, et une certaine distance avec les travailleurs. Horaires "normaux", pas de gardes/ astreintes (sauf dans le nucléaire ou certaines industries).

- médecine d'urgence : pas assez de recul, mais plutôt bouche trou à l'hôpital (avec tout mon respect) juste qu'il n'y a pas assez de budget pour les infrastructures, le personnel, ... depuis des années... moi j'y vois les inconvénients de la médecine générale sans les avantages ( principalement la polyvalence et la liberté de bosser n'importe où...). horaires "lourds" avec planning variables?


La médecine du travail reste une spécialité bien à part, il ne vaut mieux pas s'y engager à la légère. Moi j'ai réussi à effectuer deux stages en médecine du travail pendant mon externat pour voir si çà pouvait me plaire... Essaie de contacter des médecins des spécialités qui t'intéressent pour en discuter et venir en observation ne serait-ce que un jour... On peut déjà avoir une meilleure idée de ce qu'est leur quotidien. Voir même contacter plusieurs médecins d'une même spécialité (par exemple plusieurs médecins généralistes ++ ).

J'espère t'avoir un peu aider dans ton raisonnement...
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jeu. juil. 26, 2018 6:51 pm

Merci beaucoup pour ta réponse qui m'éclaire un peu plus!
J'ai contacté la hotline de médecine du travail via le site pour récupérer des contacts qu'il faut que je contacte. Je vais essayer de voir pour faire quelques jours en médecine du travail pour voir si ca me plairait.

J'y ai réfléchis et j'ai déjà éliminé dans mon choix la psychiatrie et faisant un FFI dans un stage aux urgences en ce moment cela m'a permis d'éliminer aussi la médecine d'urgence.

Pour la médecine générale, je suis déjà passée en stage chez plusieurs praticiens lors de mon externat avec des modes d'exercices différents donc je vois bien les différents mode d'exercice que l'on peut avoir selon le lieu où l'on s'installe, c'est assez diversifié quand même et c'est ce qui semble sur le papier me plaire le plus en terme de preférence. Après les inconvénients c'est essentiellement du libéral avec ces contraintes, de l'administratif ++.
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Korrigan
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jeu. juil. 26, 2018 7:36 pm

C'est bien que tu puisses comparer en stage (c'est toujours parcellaire mais au moins c'est du terrain).

J'aimais bien la médecine générale également, mais la pression des patients, la bobologie et l'administratif m'enervaient...

Ce qui m'a vraiment plu en médecine du travail c'est la découverte des métiers : il y en a des milliers! Avec parfois des pathologies très spécifiques au monde du travail. Et pour l'administratif il y a les secrétaires, les assistantes sociales et les juristes...

on devient le seul référent pour savoir si (avec ses pathologies à un instant t) un patient peut prendre son poste de travail, et éventuellement proposer ce qu'il faut adapter.

On devient aussi le seul référent qui peut émettre un lien entre une pathologie et le travail (par exemple un psychiatre ne peut pas et ne doit pas dire qu'un syndrome axio dépressif est lié au travail, seul le médecin du travail peut l'écrire).

Il y a aussi beaucoup de prévention primaire rn médecine du travail mais ça me semble un modèle surtout français.

Pas sur que cela dure, à contrario de la prévention secondaire et tertiaire qui sont individualisées (le travailleur a des pathologies, il faut évaluer son etat de santé et son poste).

Le dépistage fait partie de la prévention secondaire. La tertiaire c'est éviter que son état ne s'aggrave du fait du travail.
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lun. avr. 22, 2019 9:42 am

Bonjour,
Je suis intéressé par la Médecine du travail a l'internat. J'ai vu que le nombre de médecins du travail va considérablement diminué (nombre divisé par 2 d'ici 30 ans). Je m'inquiète du coup du devenir de la spé ... Quelqu'un aurait-il des infos a partager a propos de ce sujet et pour savoir comment le métier de médecin du travail va évoluer d'ici quelques années
Merci beaucoup :)
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